Slasheur/se par nature : quelles conséquences ?

Par Marie le

Si vous ne connaissez pas ce mot, « slasheur » ou « slasheuse », c’est que vous avez loupé pléthore d’articles sur le sujet parus récemment. Entre les interviews, les revues de livres et les tips sur le e, il existe une littérature plus que conséquente sur le sujet. Alors pourquoi faire un énième texte dessus ?

Excellente question ! Parce que, lors de ma lecture abondante en préparation de cet article, je me suis rendue compte que quelque chose n’avait pas été traité. Certes, on parle de la définition d’un « slasheur », de l’activité en elle-même (le « slashing »), de l’organisation à adopter pour être un bon « slasher » et j’en passe, pourtant un sujet reste flou : les conséquences. Je ne vous énumèrerai pas les conséquences économiques, celles sur le marché du travail, son bouleversement et autres. Non. Je voudrais vous parler des conséquences à petite échelle, celles qui pèsent sur la vie d’un « slasheur », ou plus particulièrement d’une « slasheuse », car j’en suis une.

 

Slasheuse dès le biberon

Bon, on va pas se mentir, le titre est aguicheur, mais quelque peu mensonger. Pourtant, il met en lumière une évidence : j’ai toujours fait plusieurs choses à la fois. Dès mes premiers pas dans le monde du travail, je me suis dit « faire la même chose toute ma vie, le même travail, les mêmes tâches, hors de question ». Du coup, j’ai créé une boite, puis une autre, trouvé un emploi, puis un autre, tout ça pour finir par cumuler 4 activités (complètement différentes) en même temps. Certaines me font manger, d’autres me divertissent, d’autres encore me stimulent et, parfois, tout en même temps !

Tout ça en soi, c’est très bien. Je ne m’ennui pas dans mon travail, je diversifie mes activités, je suis constamment en train d’apprendre quelque chose, bref, j’ai trouvé une polyactivité qui me correspond car cela fait partie de mon caractère. Sur le papier ça rend bien, ça impressionne parfois, mais dans la vie de tous les jours, les effets peuvent être complètement différents.

 

« Un grand pouvoir, implique de grandes responsabilités »

Je ne cite pas l’oncle Ben par pure attachement à Spider-man, non, cette phrase dans ma vie, celle de « slasheuse », prend tout son sens. En multipliant mes activités, j’ai aussi multiplié mon pouvoir. Traduction : plus je fais de choses, plus les choses que je fais ont des conséquences. Prenons un exemple : vous êtes à bord de l’ISS Entreprise (référence à Star Trek), planté devant le tableau de bord de ce vaisseau spatial mythique, et devant vous se dresse toutes les commandes du vaisseau. Si vous n’appuyez que sur un seul bouton, votre action n’aura qu’une seule conséquence – ici, ouvrir et fermer la porte d’accès du vaisseau. Par contre, si vous vous amusez à tapoter d’autres boutons, vos actions auront d’autres conséquences, plus nombreuses. Plus vous pressez de boutons, plus vous réalisez d’actions et plus vos actions ont des conséquences sur le vaisseau.

Maintenant, si je pousse la comparaison, il est vrai de dire que plus je contrôle de boutons, plus je gagne en responsabilité. Si je reste cantonnée au bouton d’ouverture et de fermeture de la porte, ma responsabilité est, elle aussi, cantonnée à la porte. Par contre, si je contrôle tous les boutons, je contrôle tout le vaisseau et si je fais mal mon travail, je risque de détruire l’ISS Entreprise. Un grand pouvoir, de grandes responsabilités.

Bon, pour la comparaison avec le vaisseau, on a compris, mais dans la vie réelle ça veut dire quoi ? Eh bien, dans la vie cela veut dire que plus vous faites de choses, plus vous serez confronté à des choix qui auront, peut-être sans que vous le sachiez, des conséquences sur votre vie.

Je décide de créer non pas une, mais deux sociétés, parce que je crois dans mes projets : très bien ! Mais créer ça veut aussi dire gérer, employer des gens, sortir un produit de qualité, ne pas décevoir ses clients, ses fournisseurs, ses partenaires, faire la communication, gérer des équipes, mettre en place le business plan, se heurter à des problèmes légaux, sociaux, connaître des hauts et des bas, échouer, réussir, et pleins d’autres choses encore. Tout ça fois 2. Rajouter à ça, un emploi pour se nourrir (eh oui les start-ups ça ne rapportent pas tout de suite !) et vous obtiendrez un modèle de SMS assez révélateur que mes amis reconnaitront sûrement :

« Désolée je n’ai pas une seconde à moi ! On remet ça par contre ! A+ »

Je pense que ça se passe de commentaires. Au début, quand on « slashe » et qu’on se met vraiment dedans, c’est une activité plus que chronophage. On oublie les horaires de bureau, les petits verres impromptus le soir, les cafés posés et même (!) les petits weekends à traîner devant Netflix. Je vous assure, tout ça disparaît. Néanmoins, on ne le vit pas mal ! Au contraire, on se trouve super active, on s’organise, on s’investie, on prend du temps et on aime ça, car on croit dans ce que l’on fait ! Les amis, vous en êtes sûrs, ne comprennent pas toujours, mais resteront là pour vous. Pareil pour Netflix, vous aurez bien le temps, un jour, de regarder la dernière série à la mode. Oui, un jour. Le jour où vous aurez compris qu’on ne « slashe » pas à la légère et que si vous ne vous organisez pas mieux que ça, que vous ne prenez pas de temps pour vous, vous serez passée à côté de bon nombre de moments que vous regretterez.

Je ne dis pas tout ça pour être sombre ! Pas du tout ! Mais il est important de comprendre que, dans cette actualité qui vante les mérites du « slashing », les capacités des « slasheurs », leur flexibilité, leur curiosité et leur énergie, se cache aussi une autre facette à laquelle on ne fait pas foncièrement attention. Se lancer dans le « slashing » n’est pas sans conséquence sur la vie privée et, comme toute chose, la clé se trouve dans la modération.   

 

La modération est le trésor du sage

Oui je sais, j’aime bien les citations, d’autant plus lorsqu’elles sont le reflet d’une vérité importante. Comme dans toute activité, la modération est la source d‘un bon équilibre mental et physique (car l’un ne va pas sans l’autre). Si j’avais un conseil à donner aux « slasheurs » ce serait le suivant : apprenez à dire non. Non à vos clients qui en demandent toujours plus, non aux nouvelles opportunités si elles ne sont qu’un éparpillement supplémentaire de votre concentration et de vos talents, non, enfin, à vous-même qui êtes persuadé(e) d’être super-man/wonderwoman. Sachez vous mettre des limites, prendre des temps off pour réfléchir à vos activités et à l’équilibre/déséquilibre qu’elles apportent à votre vie. Faire un choix se révèle souvent beaucoup plus dure que cela n’y paraît et demande un courage certain. Se connaître demande aussi une grande force de caractère. Je sais que les limites sont faites pour être dépassées, mais pas au détriment d’autres axes importants de votre vie.

J’ai souvent lu que les « slasheurs » ne craignaient pas le burn-out, la dépression ou le manque de motivation. C’est faux. Certes nous diversifions nos activités, mais nous n’en restons pas moins humain.

 

Camille de Decker.

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